Transport fluvial
La gabare, grand chaland en bois à fond plat (sans quille), adapté aux hauts-fonds. 20-25 mètres de long, 4-5 mètres de large. 30 tonnes de charge utile pour seulement 60-80 cm d’enfoncement. Une gourde (gouvernail géant de 8 m) et un mât basculant sur charnière pour alterner entre voile (si vent favorable) et halage.
Remontée du courant
Le patron, à l’arrière, dirige la gabare et lutte contre le courant avec la gourde. Deux bâtonniers, à l’avant, sondent le fond et repoussent les obstacles avec de longues perches ferrées.
Six bœufs reliés au mât par une corde (la tire) de plus de 100 mètres. Le volant (un jeune) libère la corde de halage si elle se coince dans la végétation. Le bouvier dirige l’attelage sur le chemin de halage.
3-4 heures de marche dès l’aube. 2-3 heures d’arrêt (dételage, repos et rumination des bœufs couchés). 3-4 heures de marche jusqu’au crépuscule.
Vitesse terrestre : 2 km/h face à un courant moyen de 3 km/h. 14 km par jour. Si les vents sont favorables, la distance parcourue peut augmenter de 50 %.
Descente du courant
Le bateau doit bouger à une vitesse différente du courant pour rester manœuvrable. L’équipage l’accélère aux avirons (les gâches) ou le freine à l’aide de lourdes chaînes traînant au fond (les dragues).
Dans les courbes serrées, les deux bâtonniers manœuvrent les gâches ou reprennent leurs perches ferrées pour repousser physiquement la berge.
Si la gabare est vide, les bœufs se reposent à bord dans un enclos central improvisé sur le pont. Le volant surveille le bétail et manipule les chaînes de freinage à l’arrière. Le bouvier voyage également sur le bateau.
L’équipage navigue en continu. Les journées de descente peuvent s’allonger jusqu’à 10 heures de navigation par jour.
Vitesse terrestre : 5-6 km/h (3 km/h de courant + 2-3 km/h de propulsion aux gâches). 50 à 60 km par jour. Le trajet retour est 3 à 4 fois plus rapide qu’à la remonté.
Crues et gel
Chômage de crue (printemps/automne). Courant doublé ou triplé, chemin de halage submergé. Remonte impossible, descente hautement dangereuse par perte de contrôle. Report forcé sur les chariots : logistique prohibitive. Prix des marchandises triplés à l’arrivée et routes parallèles transformées en fondrières de boue.
Chômage de gel (hiver). Arrêt de la navigation. Obligation de stockage de masse durant l’été : approvisionnement des greniers (grains) et des ports à bois (chauffage urbain). Gestion municipale stricte des réserves sous clé et rationnement pour éviter la spéculation et la famine en ville.
Le fleuve gelé comme autoroute. Glace supérieure à 20 cm d’épaisseur transformée en axe de traînage. Utilisation de traîneaux à chevaux. Friction du bois sur la glace quasi nulle : charge utile par animal multipliée par trois par rapport à un chariot sur route de terre.
Reconversion de la main-d’œuvre. Bateliers et bouviers sans emploi réaffectés d’office aux travaux de la cité. En période de crue : entretien des digues et réfection du chemin de halage. En période de gel : carénage des coques mises au sec, bûcheronnage intensif et conduite des traîneaux de fret.