L’auberge
Un article tiré des anciens Casus Belli. Pas sûr de la pertinence historique de son contenu, mais toujours utile en jeu.
Concevoir une auberge
Bonnes questions
- Quelle est sa taille ?
- Est‑elle luxueuse, normale, très simple, mal famée, sordide ?
- A-t‑elle des particularités ?
- Est‑elle un havre de paix, un lieu animé, une mine à événements ?
- L’aubergiste est‑il quelqu’un de négligeable ou d’important ?
L’auberge classique
Une salle principale où voyageurs, bourgeois affairés, fermiers et ivrognes échangent nouvelles, rumeurs et défis, noyés dans la fumée de l’énorme cheminée.
Un étage comprenant les appartements de l’aubergiste ainsi que quelques chambres au confort sommaire : une housse de lin bourrée de paille fraîche, de la lumière, une table et un siège en bois.
Un grenier pour entreposer le mobilier inutilisé.
Une cave bien remplie.
Une petite écurie où la mule du propriétaire côtoie les montures de voyageurs.
Un aubergiste, petite célébrité locale, aidé de son équipe
La grande auberge
Salle principale. C’est parfois la seule et unique pièce, en tous cas la plus belle. Le plafond est soutenu par d’épais madriers sculptés.
Salles secondaires. Uniquement si l’auberge est ancienne, ou spécialement destinée à des groupes disparates.
Alcôves. Isolés dans des boxes clos par des cloisons de chêne et des tentures, ou dans des petites pièces sans fenêtre, ceux qui cherchent l’intimité ou le secret apprécient aussi de voir sans être vus.
Comptoir. Cet élément n’est pas obligatoire. Le tavernier navigue alors des tables aux tonneaux ou à la cuisine.
Buffets ou vaisseliers. Les couverts sont souvent exposés sur des rayons dans la pièce principale (effet décoratif et signe de richesse de l’auberge).
Tables et chaises. Selon la clientèle, de petites table rondes, ou le plus souvent de longues tables pour dix ou douze convives.
Estrade. Pour les spectacles ou pour danser.
Terrasse, pergola. Une terrasse dominant la ville, une pergola (terrasse avec une tonnelle de vigne ou de bougainvillées) sont autant d’arguments pour attirer les clients.
Tonneaux. Deux à dix petits tonneaux pour les vins, le cidre et la bière. Plus un ou deux foudres (grands tonneaux ovales de 3 m de haut) dans les grandes hostelleries. Ils sont en général à la cave, sauf dans les petites auberges où l’aubergiste solitaire préfère les avoir à portée de la main.
Cave. On y met les tonneaux, les fromages, certains fruits et légumes, parfois le bois s’il n’y a pas d’appentis.
Cellier ou appentis. Annexe de la cave, mais au niveau du sol : on y met les outils, les réserves de vivres qui craignent l’humidité (grain, jambons...), le bois.
Cheminée. Pour chauffer autant que pour la cuisine.
Basse-cour. Même s’il s’approvisionne au marché, le propriétaire élève des volailles et lapins pour parer à une arrivée impromptue de voyageurs affamés (même en ville). II peut y avoir aussi une porcherie.
Puits. Pour laver autant que pour la boisson, l’auberge a son propre puits d’eau potable, souvent accoté à la demeure, ou même à l’intérieur (plus rare, car il inspire une certaine crainte).
Chambres. Les chambres individuelles sont un luxe. On y trouve un lit, une armoire ou un coffre, un broc avec une cuvette, un vase de nuit.
Paillasses. Dans une rafle commune séparée en boxes par des demi cloisons, façon écurie, des bat flanc couverts de paille ou d’une couverture constituent la couche des clients peu fortunés.
Dortoir. Dans un grenier ou une grange, le sol est jonché de paille, et chacun s’en arrange comme il peut. C’est le lot des vagabonds, des voyageurs fauchés.
Écurie. Elle abrite la monture de l’aubergiste (souvent une mule ou un cheval de trait) et une charrette, et les chevaux des voyageurs. Si l’auberge est importante, un palefrenier s’en occupe et dort dans la réserve de foin au dessus des animaux. Si c’est un relais de malle poste, on est sûr d’y trouver un maréchal ferrant.
Chapelle. Sur les chemins de pèlerinage, une bonne auberge peut disposer d’une petite salle faisant office de chapelle.
Retour aux origines
Pour donner du cachet à une auberge, deux solutions : soit imaginer qu’elle est très ancienne, et qu’avec les rajouts effectués au cours des générations c’est devenu un véritable dédale de couloirs, de cours intérieures, d’escaliers, de salles à l’usage oublié (voire de passages secrets, ou simplement murés) ; soit décider qu’elle s’est installée dans un bâtiment ayant à l’origine d’autres fonctions.
Une abbaye ou un prieuré, avec sa promenade abritée sous les voûtes de pierre entourant un jardin intérieur, peut attirer les nobles amateurs de belles pierres, et son immense réfectoire, agrémenté de tentures et de tapisseries, sera le palais préféré d’officiers fortunés. Les cellules y font des chambres austères mais claires, et les anciens bureaux, souvent lambrissés, des suites princières pour hôtes de marque. Quant aux caves et cryptes elles peuvent servir à tant d’usages ! Sans oublier l’utilité, pour les rendez-vous galants ou illicites, des anciens souterrains débouchant en des endroits surprenants.
Une ancienne ferme possède souvent un mur d’enceinte et une porte, des murs extérieurs aveugles, pour limiter les incursions des pillards. Ses grands celliers sont autant de salles où des groupes peuvent s’isoler. Les étables sont transformées en écuries, dont le grenier tapissé de paille, à défaut d’être confortable, est chauffé en hiver par les bêtes du dessous. En été, on peut déjeuner en toute tranquillité aux tables installées dans la cour, autour du puits.
Des moulins. Tout en hauteur, un moulin à vent sera divisé par étage : salle principale en bas, chambres des hôtes au dessus, pièce des hôteliers tout en haut. Un moulin à eau attirera des clients grâce aux charmes de son cadre : cours d’eau, saules, truite au cresson…
Un grenier à grain, vaste bâtiment sans murs intérieurs, peut être aménagé selon la fantaisie de l’aubergiste. Par exemple, les chambres du premier étage peuvent donner sur une mezzanine avec rambarde, qui elle même domine la salle principale où l’on accède par un escalier.
L’aubergiste…
Une auberge, c’est avant tout son aubergiste, ses manies, ses secrets, son âme. Le patron (ou la patronne) compte pour moitié au moins dans le souvenir que votre auberge va laisser aux visiteurs. Installé depuis un temps certain, il est intimement mêlé à la vie locale : les buveurs de la région le considèrent un peu comme un oncle, tantôt serviable, tantôt bourru. Et les autorités ou groupes influents tentent plus ou moins activement d’en faire un agent de renseignements.
Quant à l’homme lui même, il peut être :
-
Acquis aux autorités.
Par lâcheté : il appelle la garde au moindre trouble.
Par dette : ayant commis un acte répréhensible « couvert » par un potentat local, il doit en retour lui signaler tout signe suspect, espionner pour lui, même contre ses propres sympathies.
Par conviction : fidèle partisan du régime en place (il a pu participer à son installation), il en est l’oreille et le serviteur fidèle et actif.
Par intérêt financier : aidé lors de son installation par un banquier, ou ayant pour clientèle principale les membres d’une guilde influente, il veillera à protéger leurs intérêts. - Xénophobe. Il éprouve du mépris ou une haine féroce vis à vis de tout ce qui est étranger ou d’une catégorie d’individus : telle race, ou les rouquins, ou les habitants du comté voisin. Ses raisons ? Instinctives, un souvenir personnel (massacre, humiliation), l’intox de ses clients.
- Ouvert. Accueillant, curieux, liant, instruit, il s’intéresse aux gens et aux histoires de lieux lointains. Par philosophie, parce que sa constitution ou sa famille l’empêche de partir lui même à l’aventure, parce que c’est un aventurier à la retraite (ex voyageur, marin, caravanier).
- Soigneux. Son auberge est claire, agréable, bien tenue. Il est fiable, peut conserver un objet s’il fait confiance à son propriétaire.
- Négligeant. L’auberge est sale, infestée de vermine, les murs s’effritent, les portes grincent ou sont branlantes, la toiture fuit, la nourriture est douteuse, parfois absente, il a des dettes qui pourraient lui valoir un incendie « accidentel » alors que les PJ sont présents.
- Raffiné. Qu’elle soit simple ou très décorée, l’auberge est connue à des lieues à la ronde, c’est le rendez vous de personnes de goût. La cuisine y est appréciée, mais sa réputation vient aussi de petits détails : chambres fleuries, accessoires de barbier à disposition, petite salle avec fauteuils pour les discussions d’affaires, salon pour partager un verre de liqueur, boudoir pour les dames, musiciens…
- Commerçant. Tout lui est bon pour s’enrichir au passage, y compris vendre des informations, vraies ou fausses, ou en acheter, dénoncer des hors-la-loi, monnayer auxdits hors la loi le plan du souterrain pour s’échapper, vendre ou acheter du matériel, prendre sa marge sur les transactions qui se font chez lui, louer ses services ou ceux de son personnel, faire l’intermédiaire avec des individus ou groupes difficiles à rencontrer (ermite, magicien, autorités, monastère, groupe clandestin).
… et son équipe
Il est rare que l’aubergiste soit seul. Même célibataire, il trouvera bien un gamin qui, contre gîte (dans un coin d’étable) et couvert (les restes), accomplira les tâches ingrates (nettoyage, vaisselle, service s’il n’est pas trop maladroit). Dans les auberges un peu plus cossues, l’équipe est constituée du couple d’aubergistes, aidé de leurs enfants et/ou de personnel parfois stable, parfois recruté pour de courtes périodes. Une cohabitation qui peut prendre divers visages :
- L’équipe est soudée, tant dans le travail que contre les intrus. Même les aides extérieurs finissent par être considérés comme des membres de la famille.
- La famille est privilégiée, les serviteurs traités comme des chiens. L’ambiance est mauvaise, les aides se cachent au moindre pépin, les enfants des aubergistes s’amusent à les maltraiter ou les humilier.
- L’aubergiste règne en tyran sur sa femme, ses enfant et le personnel. Ceux-ci sont alors unis pour tirer au flanc, plutôt sympathiques avec les étrangers, mais font aussi du lèche-botte pour calmer le maître de céans. Un fils un peu rebelle peut profiter de la présence d’aventuriers compatissants pour faire un coup d’État dans la maison !
- La chaîne familiale. En ville surtout, plusieurs auberges peuvent appartenir à une même famille. Le personnel de l’un va alors aider l’autre pour faire face à une affluence subite, ou tout autre problème.
- L’aubergiste solitaire. Sa servante est probablement sa maîtresse, et quelques habitués prêteront main forte en cas d’incident.
- Le personnel occasionnel peut être constitué de : paysan saisonnier désœuvré, voyageur désargenté ou qui attend un rendez-vous une saison de plus que prévu, pèlerin, homme à tout faire du bourg qui remplace un serveur malade, ancien compagnon du propriétaire.
- Les membres de la famille de l’aubergiste, en dehors de leur lien de parenté et de leur rôle, peuvent être ou avoir été : bûcheron, chasseur, cuisinier, soldat en permission ou démobilisé, cavalier (messager/estafette), rebouteux, herboriste, écrivain public, palefrenier, maréchal ferrant, jongleur, conteur, jardinier, charpentier…
Décrire une auberge
La lumière
La première chose qu’on peut observer, c’est la différence nette de luminosité entre la salle et l’extérieur.
En journée, il fera certainement plus sombre dans la pièce : les fenêtres sont souvent réduites au minimum. Dans certaines régions, même, les fenêtres sont inexistantes, et remplacées par des ouvertures que l’on ferme à l’aide d’un volet en cas d’intempéries ou de grand froid. Même si l’aubergiste a hérité d’une auberge vitrée, il ne s’agit au mieux que d’un verre de mauvaise qualité.
De nuit, on est avant tout frappé par le mode d’éclairage : parfois des braseros brûlent à des endroits stratégiques, diffusant une lueur rougeâtre qui laisse de grandes zones d’ombre et dégage une fumée poisseuse qui finira tôt ou tard par noircir entièrement le plafond, obscurcissant encore un peu l’ambiance. Dans d’autres auberges (surtout celles en pierre), des torchères éclairent un peu mieux, mais laissent également leurs traces carbonées sur les murs. Si l’aubergiste désire prendre soin de ses clients autant que de son bâtiment, des lanternes sont plus indiquées, mais aussi plus coûteuses. Une autre alternative étant de disposer des bougies, soit sur chaque table dans les auberges modestes, soit sur des chandeliers et des bougeoirs luxueux dans les établissements plus riches.
La salle
Le plafond est généralement assez bas, et soutenu par des piliers de bois qui divisent le champ de vision des visiteurs. Dans d’autres auberges plus rurales, des poutres soutiennent un toit de chaume ou d’ardoise, et il n’est pas rare de découvrir perché sur l’une de ces poutres un oiseau égaré, ou un chat en maraude.
Le sol n’est que rarement aménagé, tout au plus aura-t-on pris soin de le recouvrir de sciure ou de paille. Généralement, on trouve en dessous, un simple sol en terre battue, tassé par les allers et venues des visiteurs. Dans les auberges de meilleure fréquentation, on a pris soin de disposer des planches de bois en parquet plus ou moins grossier. Encore plus rare, et réservée aux lieux luxueux, des dalles de pierre assemblées donnent une meilleure assise au mobilier, et dans les grandes villes, on pousse parfois jusqu’à assembler de petits morceaux de pierre en mosaïques.
Enfin, les murs sont généralement nus, encore qu’il ne soit pas rare d’y trouver l’un ou l’autre trophée de chasse dans les auberges rurales. Des draperies ou des rideaux de toile grossière peuvent être accrochés aux parois, mais rarement devant les fenêtres. Il s’agit généralement d’une façon de séparer plusieurs pièces (comme la cuisine), mais il faut faire attention aux odeurs de toutes sortes qui peuvent s’accrocher dans les tissus. La toile est remplacée par un lourd velours dans les plus riches restaurants…
L’odeur
Lorsque la sciure du sol est trempée de vin, c’est une odeur de vinaigre qui finit toujours par apparaître, mélangée avec l’odeur de suif des moyens d’éclairage.
On trouve également certaines bonnes odeurs au moment des repas, qu’ils proviennent de la broche qui permet de faire cuire les viandes dans la cheminée ou de la porte entrebâillée d’une cuisine. Les odeurs de pâtisseries sont bien plus rare, mais au matin, on peut sentir le délicieux parfum du pain que l’on vient de cuire.
Si l’aubergiste a un chien ou un chat, soudainement le spectre des odeurs s’élargit vers l’inavouable.
Heureusement, il y a des moyens de cacher les odeurs indésirables, en particulier dans les auberges de haut niveau : des bouquets de lavande et autres herbes aromatiques hardiment disposés font souvent l’affaire. Des fleurs se conservent moins bien, mais assurent à coup sûr un parfum agréable.
Le mobilier
Dans les auberges de basse extraction, les tables sont de simples planches posées sur des billots ou des tréteaux, ou au contraire ce sont des tables massives, grandes et lourdes. Des tabourets sommaires ou des bancs sont souvent préférés aux chaises.
Dans les auberges riches, les tables sont assemblées avec le plus grand soin pour donner l’impression d’être taillées d’une seule pièce, et nettoyées avec soin. Elles sont souvent recouvertes d’un vernis pour en adoucir la surface. Les chaises sont parfois remplacées par des fauteuils, mais dans la plupart des cas, on trouve un mélange des deux.
Les tables perdent généralement en taille ce qu’elles gagnent en qualité : dans les auberges populaires, on trouve deux ou trois grandes tables où les convives se partagent la place sans se connaître (ce qui est d’ailleurs une bonne façon de rencontrer de nouvelles personnes), dans les auberges plus luxueuses, la discrétion est plus importante et les tables dépassent rarement 4 places.
Il est possible de trouver un buffet sur lequel est rangée la vaisselle. Les habitués apportent parfois leur chope et couvert s’ils n’ont pas confiance dans la propreté du lieu. Dans les bouges, il est possible de tremper une chope sale dans le tonneau d’eau à disposition des clients.
Il est très rare de trouver un comptoir dans une auberge. C’est une pratique qui commence seulement à apparaître dans les villes, et plus particulièrement dans les tavernes. Les tonneaux de bière et de vin sont souvent posés dans un coin de la pièce, sous la surveillance de l’aubergiste.
La clientèle
Le bruit ne vient qu’ensuite : la clientèle est rarement silencieuse. Qu’elle soit avachie sur les tables en fin de soirée dans les lieux de basse extraction, ou droite et souriante sur de longues chaises, il est rare qu’elle ne prête pas une attention distraite aux voyageurs qui entrent. Les auberges sont assez rarement bondées, sauf durant un grand festival ou une foire populaire.
De fait, dans les villages, hormis la clientèle occasionnelle de voyageurs, on n’y trouve la plupart du temps que des paysans qui viennent profiter un peu de la présence des autres.
Dans les villes, ce sont les habitués, éternels désœuvrés ou grands solitaires qui forment la plus grande partie de la clientèle. L’un souhaite échapper aux humeurs de sa femme, un autre noie son manque de succès dans la bière tandis qu’un troisième quémandera pour la dernière fois – jure-t-il – une avance à l’aubergiste pour disposer encore d’un verre.
Les nobles ne fréquentent pas les auberges. Lorsqu’ils ont des affaires à y traiter, ils préfèrent en général y envoyer leurs chambellans. Quand il s’agit de se loger, ils préfèrent de loin aller habiter chez un cousin plus ou moins proche à qui ils s’empresseront de rappeler les liens de parenté.
Bien plus souvent, c’est la suite complète d’un marchand qui amène de l’originalité dans l’auberge. Un ou deux serviteurs, un comptable trésorier, un écuyer et quelques gardes du corps se rassemblent alors et prennent possession d’un pan entier de la pièce. Encore une fois, ce type de clientèle ne se mêlera aux autres que si elle a quelque chose à y gagner.
L’aubergiste
Il y a autant d’aubergistes qu’il y a d’auberges, et sa personnalité et son caractère sont souvent le reflet de l’ambiance du bâtiment… à moins que ce ne soit le contraire. La plupart du temps, il n’est pas possible de le différencier du reste de la clientèle, si ce n’est par le fait qu’il fasse le premier pas vers les nouveaux arrivants.
Il porte généralement un tablier de cuir qui sert aussi bien à essuyer les couteaux qu’à se protéger de la saleté. Il faut ajouter à cela que l’aubergiste est la plupart du temps un homme : monter les tonneaux, ranger les tables, mettre parfois à la porte les indésirables, tout cela nécessite souvent une force dont ne disposent que de rares femmes. La corpulence n’est pas toujours de règle, mais un aubergiste gros inspire bien souvent la confiance.
Ce qui fait réellement tout le charme d’un aubergiste, c’est son histoire, le passé qui l’a conduit à se consacrer à ce métier assez ingrat.
Passons rapidement sur les ennuyeux, ceux qui ont hérité de l’auberge après le décès de leur père, ceux qui ont été élus par les autres villageois pour ouvrir la taverne du village, officialisant une situation qui perdurait depuis longtemps. Car souvent, l’aubergiste n’est qu’un paysan qui a rajouté une corde à son arc, un viticulteur qui écoule sa marchandise et faisant appel à sa femme pour la cuisine soutenu en cela par la coopérative locale.
Beaucoup plus intéressant : l’aubergiste contrit, celui qui a vécu par le passé de grandes aventures, qui a été marin, guerrier, explorateur peut-être, et qui, après une grande fièvre, un membre arraché ou tout simplement le temps qui passait a été obligé d’abandonner cette vie trépidante au profit du quotidien calme et rangé de l’auberge. Celui-là a rapidement l’œil qui brille lorsqu’il voit dans les nouveaux arrivants le héros qu’il a lui même été. Et hors de question de laisser partir les voyageurs sans avoir entendu leur histoire, ponctuant les aventures contées de bruyants éclats de voix : « Ha ! Oui : je me souviens bien de cela ! ».
Beaucoup plus rares encore sont les déchus, les nobles qui ont décidé de refaire leur vie au loin après un scandale, un moine exclus pour une faute quelconque et qui continue à servir de la bière contre monnaie trébuchante, cette fois. Ou encore le hors-la-loi qui se terre dans un lointain village, en espérant que ses erreurs passées seront oubliées avec le temps.
Il y a enfin ceux qui, dans les grandes villes, bénéficient d’une grande formation dans l’art de la table, souvent parce que leur famille ne leur laissa pas le choix.
Les chambres
Les aventuriers les plus modestes préfèreront probablement se passer de la discrétion et de la tranquillité d’une chambre pour opter pour la salle commune. Dans ce cas, bien qu’économisant de l’argent, ils devront attendre que les derniers ivrognes aient roulés sous la table avant de dormir. Il est rare que l’aubergiste prenne la peine de pousser les tables pour laisser de la place aux dormeurs. Lorsque la salle commune est déjà encombrée de dormeurs, l’aubergiste permet parfois aux voyageurs d’utiliser une grange ou même l’écurie.
Les chambres sont nettement plus plaisantes. Surtout si l’aubergiste a la gentillesse ou le sens du commerce suffisant pour déposer une bouillotte sous les couvertures avant l’arrivée des aventuriers !
Dans les chambres simples, le lit n’est souvent qu’une simple paillasse – généralement assez propre – et une couverture en laine épaisse et grossière permet de se protéger du froid. Les voyageurs peuvent occuper de grandes chambres à plusieurs. Rien n’égale toutefois le plaisir de disposer d’une pièce pour une personne, même si cela n’empêche pas toujours d’être dérangé par un voisin ronfleur. Car les murs des auberges, souvent rajoutés par la suite à ces anciennes fermes ne sont pas très épais.
Dans les chambres luxueuses, le lit dispose d’un véritable matelas et parfois même d’un édredon et d’un oreiller rempli de plumes d’oie ou de duvet.
On ne trouve quasiment jamais de serrures aux portes, beaucoup trop chères et gênantes à entretenir. On préfère en général le loquet, ou alors rien du tout : une simple clenche est la seule protection que l’on peut espérer dans les auberges rurales.
Un plus du lit, l’hôte dispose d’une table ou d’un coffre où poser ses affaires, d’un peu d’eau (seau ou broc + bassine), d’un vase d’aisance et d’une chandelle.