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Wiki Moyen Âge – Bois & énergie

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Bois & énergie

Le bois est la source principale d’énergie au Moyen Âge, en plus d’être une matière première fondamentale. Il sert à cuisiner, se chauffer, produire des métaux à partir de minerai, fabriquer du verre, extraire le sel de l’eau de mer et à construire navires, châteaux et cathédrales.

Usages domestiques

Les usages domestiques sont : la cuisine, le chauffage et le petit artisanat local (le four du boulanger et le forgeron local).

Consommation moyenne annuelle par habitant :

  • En région méditerranéenne : environ 1 m³.
  • En climat tempéré, comme le bassin parisien ou l’Angleterre : 2-3 m³.
  • En climat froid ou montagneux :, cette consommation monte facilement à 4-5 m³.

En milieu urbain, le charbon de bois était préféré au bois sec : plus facile à stocker grâce à sa meilleure densité énergétique et plus confortable à utiliser car il ne dégage quasiment pas de fumées.

Usages proto-industriels

La métallurgie

Un seul bas fourneau ou une forge d’importance moyenne consomme entre 1 200 et 2 000 m³ de bois par an. Exploiter une mine de fer nécessite de posséder et de raser cycliquement des centaines d’hectares de forêts aux alentours.

Cette consommation de bois (qui passe par la production de charbon de bois) permet de produire environ 40 à 70 tonnes de fer doux par an (ou 70 % de cette masse en acier, qui nécessite l’étape de cémentation).

Les autres industries

Les verreries et les sauneries (les usines d’évaporation du sel) sont tout aussi destructrices. Au XVe siècle, on estime qu’il fallait 1 m³ de bois pour produire seulement 1 kg de verre !

Grandes constructions

Ici, on parle de bois d’œuvre (de gros troncs de chênes centenaires), qui répond à une autre logique de gestion forestière (la haute futaie).

Les charpentes : pour construire la charpente d’une cathédrale ou d’un grand château, il faut abattre environ 1 000 à 1 200 chênes.

Les navires : un seul grand navire de guerre ou de commerce réclame plusieurs centaines de grands arbres. La coque exige des bois tors (arbres naturellement courbés, indispensables pour la solidité des membrures), tandis que la mâture réclame des résineux parfaitement droits.

Le transport du bois

Transporter du bois par voie de terre au Moyen Âge est un gouffre financier. Une charrette tirée par quatre bœufs s’embourbe, avance lentement et ne peut transporter que deux ou trois gros troncs. Dès que la forêt est à plus de 15 ou 20 kilomètres du lieu de consommation, l’eau devient le seul moyen de transport rentable.

Le flottage à bûches perdues

Cette technique est réservée au bois de chauffage. Les bûches sont coupées courtes (environ 1 mètre) dans les forêts de montagne et jetées directement dans les torrents au printemps, au moment de la fonte des neiges (la « crue de bois »). À l’arrivée, on installe de grands barrages de cordes et de pieux (les râteaux) en travers du fleuve pour arrêter et repêcher les milliers de bûches qui flottent.

Le flottage en « trains de bois »

C’est la méthode reine pour le bois d’œuvre (les grands troncs pour la construction). Les charpentiers assemblent les troncs directement dans l’eau pour former d’immenses radeaux articulés (les trains), qui peuvent mesurer jusqu’à 70 mètres de long. Des compagnons « flotteurs » montent à bord et dirigent ces monstres à la rame au fil du courant sur les grands fleuves. C’est un métier extrêmement dangereux (risques de naufrage contre les piles des ponts).

Ces radeaux pouvaient éventuellement transporter des sacs de charbon depuis leurs lieux de production en forêt.

Le transport par eau fait l’objet d’une fiscalité féroce. Chaque seigneur dont le château domine le fleuve réclame un droit de péage (le tonlieu).

La gestion des forêts

Contrairement à l’idée reçue d’un Moyen Âge pillant ses forêts de manière anarchique, les seigneuries ont très tôt mis en place une gestion sylvicole ultra-rigoureuse pour garantir la repousse. On utilise principalement la technique du taillis sous futaie.

La technique du taillis sous futaie

On divise la forêt en deux niveaux :

  • Le taillis (le sol) : on coupe les arbres (hêtre, châtaignier, saule) au ras du sol. La souche va alors produire de nombreux rejets verticaux très droits. Ce bois pousse vite et fournit le bois de chauffage et le charbon de bois.
  • La futaie (les réserves) : on laisse quelques beaux arbres grandir librement au-dessus du taillis pour qu’ils deviennent de gigantesques troncs destinés aux charpentes et à la marine.

Rendement et repousse

Pour le taillis, la forêt est découpée en parcelles géométriques. Chaque année, le seigneur autorise la coupe d’une seule parcelle, selon un roulement strict.

Climat océanique / tempéré

  • Cycle de rotation du taillis : 15 à 20 ans
  • Production annuelle par hectare : 2,5 à 4 m³
  • Remarques : Conditions climatiques idéales. Pluviométrie régulière, croissance rapide des rejets de souche. 50 à 80 m³ récoltés par hectare au moment de la coupe.

Climat méditerranéen

  • Cycle de rotation du taillis : 25 à 30 ans
  • Production annuelle par hectare : 1 à 2 m³
  • Remarques : La sécheresse estivale bloque la croissance de l’arbre en été. Le bois est plus dense mais pousse lentement. Les cycles doivent être allongés pour obtenir le même diamètre de bois.

Climat froid / de montagne

  • Cycle de rotation du taillis : pas de taillis
  • Production annuelle par hectare : 1,5 à 2,5 m³
  • Remarques : Les résineux (sapins, épicéas) prédominent et ne font pas de rejets de souche. Croissance ralentie par les hivers longs. On pratique le « jardinage » : on prélève les arbres mûrs un par un en laissant la forêt se régénérer seule.

Pour la haute futaie (les grands chênes), le rythme n’a plus rien à voir avec le climat : il faut compter entre 100 et 150 ans minimum avant qu’un arbre soit jugé digne d’entrer dans la charpente d’une cathédrale ou d’un navire.

Un village de 500 habitants en climat tempéré doit disposer d’environ 350 hectares de forêt pour assurer ses besoins de manière durable.